Si je ne fais plus autant… est-ce que je vaux encore autant ?
- mariepiergagne60
- il y a 23 heures
- 3 min de lecture
J’ai longtemps été quelqu’un de très occupée. Mon horaire était rempli, mes journées passaient vite, et j’avais rarement l’impression d’avoir vraiment le temps de m’arrêter. Pendant longtemps, ça m’a semblé normal. Même rassurant. Mais en ralentissant, une question a commencé à émerger, doucement, mais avec insistance: Si je ne fais plus autant… est-ce que je vaux encore autant ?

Le vertige du moins
Ralentir n’a pas été doux, pas au début. On parle souvent du slow comme d’un refuge, d’un retour à soi, d’une respiration. Et c’est vrai… mais pas immédiatement. Parce que lorsque j’ai remanié ma façon de gérer mon horaire, je n’ai pas seulement créé de l’espace. J’ai aussi enlevé ce qui me définissait. Moins de projets, moins d'urgence. Moins de preuves visibles que j’étais “quelqu’un de bien”. Dans ce moins, il y a eu un vertige. Comme si je flottais sans ancrage. Comme si, sans tout ce que je faisais, il ne restait plus grand-chose à quoi me raccrocher.
Quand le faire devient une identité
Avec le recul, je comprends que ce n’était pas seulement une question d’organisation ou de gestion du temps. C’était une question d’identité. J’avais appris, consciemment ou non, que ma valeur passait par ce que je produisais. Par ma capacité à tenir beaucoup, à être performante. Être occupée n’était pas juste un état, c’était une preuve. Une preuve que j’étais engagée, que j’étais à la hauteur, que je méritais ma place. Alors forcément, quand j’ai commencé à en faire moins, ce n’est pas seulement mon agenda qui a changé. C’est tout mon système de validation qui s’est effondré.
Le silence après le bruit
Il y a eu un moment très clair où je me suis retrouvée avec du temps. Pas du temps “entre deux tâches”. Pas du temps “en attendant quelque chose”. Du vrai temps. Vide. Et ce silence m’a confrontée à quelque chose que j’évitais depuis longtemps. Sans le bruit de mes obligations, sans le rythme effréné de mes journées, je ne pouvais plus me distraire de moi-même. Mes pensées étaient plus présentes. Mes inconforts aussi. Et surtout, cette question, encore et encore : Qui suis-je, quand je ne suis pas en train de faire ?
Apprendre à être (lentement)
Je n’ai pas trouvé de réponse claire à cette question, pas encore. Mais en ralentissant, j’ai découvert quelque chose de précieux : un chemin de vie qui me ressemble davantage. Plus de lenteur m’a permis de sortir de certaines rigidités que j’incarnais depuis longtemps. Certaines croyances silencieuses structuraient ma vie. Par exemple, avec ma formation universitaire en musique, j’avais intégré que je devais absolument vivre de ma discipline, que c’était ma seule légitimité. Tout mon fonctionnement en était structuré.
Aujourd’hui, prendre de l’espace pour réfléchir est devenu essentiel. Ce temps n’est plus seulement pour “faire” ou “produire”, mais pour être, pour incarner pleinement la personne que je suis profondément dans le quotidien.
Et pourtant, je retombe parfois dans la crise identitaire. La comparaison est facile, surtout avec mon chum, qui travaille beaucoup et structure son quotidien autour de la productivité. Cela me ramène souvent à douter de ma valeur quand je prends du temps pour moi, pour d’autres projets qui me sont chers, ou simplement pour respecter mon espace libre. Je sens revenir ce vieux vertige : suis-je légitime de me ménager ces moments ?
Ces moments sont difficiles, mais ils ne me paralysent plus. Je les observe, je les accueille, et je reviens doucement à ce qui me fait du bien : me choisir et me laisser être, à mon rythme, selon mes priorités et mon énergie, sans me juger.



Commentaires