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La (maudite?) performance

  • Photo du rédacteur: mariepiergagne60
    mariepiergagne60
  • il y a 5 jours
  • 4 min de lecture
“Focus on progress, not perfection.” - James Clear
“Focus on progress, not perfection.” - James Clear

L'étude très scientifique que je n'ai pas réalisée me pousse à croire que la notion de performance est aujourd’hui très polarisée. D’un côté, une culture du toujours plus : plus de projets, de résultats, de reconnaissance, de vitesse.. De l’autre, une réaction presque inverse, où la performance est parfois mise au banc des accusés, associée à la pression, à l’épuisement, à une vision toxique de la réussite, le tout au profit d’un idéal de lenteur et de retrait.


Entre ces deux pôles, j’ai longtemps eu de la difficulté à me situer.


La pression de performance, telle que je l’ai connue et intégrée, ne m’a clairement pas fait que du bien. Mais avec le recul, je crois aussi que la performance n’est pas, en soi, le problème. Elle peut être exigeante sans être destructrice. Structurante sans être écrasante. Et même profondément saine, lorsqu’elle est alignée.

C’est cette zone grise, souvent peu explorée, que j’ai envie d’habiter ici.



La performance telle qu’on me l’a apprise


J’ai grandi dans un milieu où la performance ne se mesurait pas seulement à ce qui était réussi, mais surtout à ce qui ne devait pas dépasser. Une note trop haute, une attaque imparfaite, un souffle légèrement instable : tout était scruté, corrigé, repris. En musique classique, on vise une forme de perfection qui, paradoxalement, n’existe pas.


Très tôt, j’ai intégré l’idée que performer, c’était réduire l’erreur au minimum, lisser, contrôler, répéter jusqu’à effacer toute trace de fragilité. La performance n’était pas une exploration, ni même une expression : c’était une démonstration. Une quête constante d’un idéal inatteignable, mais présenté comme la norme.


Cette pression-là ne restait pas sur le lutrin. Elle s’est infiltrée partout.



Quand cette vision devient destructrice

À l’adolescence, puis comme jeune adulte, cette conception de la performance a façonné ma façon d’être au monde. Faire mieux. Encore. Ne pas ralentir. Ne pas décevoir. Ne jamais laisser paraître l’effort ou l’épuisement.


Mais avec le recul, je réalise à quel point cette vision de la performance m’a surtout empêchée de me poser les vraies questions.


Quelle genre de personne je veux être?

Quels objectifs je veux réellement poursuivre — et surtout, pourquoi?

Est-ce que ce sur quoi je mets tant d’efforts en ce moment est aligné avec ma vision de ma vie?

Et au fond, est-ce que j’ai déjà pris le temps de définir cette vision-là?


La performance, telle que je l’avais intégrée, me gardait dans l’exécution. Dans l’action constante. Dans le faire. Elle laissait très peu d’espace au sens, à l’intention, à la direction. Tant que je performais bien, je n’avais pas à me questionner. Et pourtant, c’est précisément ce manque de questionnement qui m’a menée loin de moi.


Quand la valeur personnelle devient conditionnelle à la performance, la santé mentale devient rapidement une variable secondaire. J’ai longtemps cru que si je n’y arrivais pas, c’était parce que je n’étais pas assez forte, pas assez disciplinée, pas assez résiliente. Jamais parce que le modèle lui-même était incompatible avec une vie intérieure stable et vivante.

Cette pression m’a appris à performer contre moi, plutôt qu’avec moi.



Redéfinir la performance


Avec le temps — et surtout avec l’aide que j’ai acceptée — j’ai dû déconstruire ma vision de la performance. Non pas pour m’en débarrasser complètement, mais pour la remettre à sa place.


Aujourd’hui, je ne conçois plus la performance comme une course vers un idéal abstrait, ni comme une accumulation de preuves à fournir. Pour moi, performer, ce n’est plus éliminer toute trace de fragilité. C’est être capable d’avancer dans une direction qui fait du sens.


La performance devient saine quand elle est reliée à une intention claire. Quand elle sert une vision de vie plutôt qu’un besoin de validation. Quand elle me permet de me dépasser sans m’abandonner en chemin.


Elle peut prendre la forme de la rigueur, de la discipline, de l’engagement — des valeurs que je respecte profondément. Mais elle doit aussi laisser place à l’ajustement, au repos, au doute, au changement de direction. À l’humain.



Performance et santé mentale


Protéger ma santé mentale ne signifie pas renoncer à l’ambition. Ça signifie apprendre à écouter ce que mon système me dit avant qu’il ne crie. À reconnaître que la fatigue n’est pas un manque de volonté. Que ralentir n’est pas reculer. Et que choisir autrement, parfois, est une forme de courage bien plus grande que persévérer à tout prix.


Aujourd’hui, je mesure la performance autrement. À ma capacité à rester en lien avec moi-même. À la cohérence entre ce que je fais et la vie que je veux mener. À la possibilité de durer, plutôt que de brûler fort… puis de m’éteindre.



Habiter la zone grise


Je n’ai pas envie d’un monde sans performance. J’ai envie d’un monde où la performance ne coûte pas la santé mentale. Où elle n’efface pas la joie, le sens, la présence. Où elle devient un outil, pas une identité.


C’est dans cette zone grise — entre exigence et douceur, ambition et soin — que je me sens enfin à ma place.


Et c’est là que, pour moi, la performance prend son sens.

 
 
 

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